On entend souvent que la Rega n’est là que pour les alpinistes ou les personnes qui pratiquent un sport extrême. Est-ce exact ?
C’est une idée reçue. Nos équipages n’interviennent pas seulement lors d’accidents de loisirs ou de montagne. Les maladies aiguës tels les problèmes cardiovasculaires ou les attaques cérébrales sont de loin la cause la plus fréquente de nos missions en hélicoptère de sauvetage ou avion-ambulance. Elles peuvent frapper n’importe qui sans crier gare – y compris pendant les vacances d’été.
Avez-vous un exemple d’une situation anodine qui aurait vite mal tourné ?
Fin mai, une dame d’un certain âge qui avait manqué son bus a dû poursuivre à pied. Elle s’est écartée du chemin, s’est perdue dans la forêt et s’est finalement retrouvée coincée sur un terrain escarpé. Elle n’avait pas la moindre égratignure, mais ne pouvait plus ni avancer ni reculer et avait très peur de tomber.
Notre équipage a dû l’hélitreuiller. Elle est ainsi passée d’un simple ticket de bus, qui n’aurait dû coûter que quelques francs, à une opération de sauvetage à plusieurs milliers de francs.
Les gens ne sont-ils pas déjà assurés pour ce genre de situation ?
Non. En l’absence de blessure, ni l’assurance-accidents ni la caisse-maladie ne sont tenues de prendre en charge les coûts d’une intervention. En cas de simple évacuation, c’est en règle générale à la personne secourue de les régler, à moins qu’elle ne soit affiliée à la Rega.
Qu’en est-il en cas de blessure ou de maladie ? Le transport en hélicoptère de sauvetage n’est-il pas « automatiquement » pris en charge ?
Non. Tout dépend de la situation de la personne et de la raison de l’intervention : s’agit-il d’un accident ou d’une maladie ?
- En cas d’accident : généralement, l’assurance-accidents des personnes actives professionnellement prend en charge l’intégralité des frais de sauvetage.
- En cas de maladie ou d’accident d’une personne sans activité lucrative (enfant, personne à la retraite, etc.) : la caisse-maladie ne prend en charge que la moitié des frais par opération de sauvetage reconnue, à concurrence de 5000 francs par année civile. Une intervention en hélicoptère coûte en moyenne 4500 francs, un montant qui peut vite doubler si les recherches sont complexes.
- En cas d’évacuation : si une personne non blessée doit être évacuée (comme cette dame dans la forêt), elle supporte souvent seule l’intégralité du coût de l’intervention. Toutefois, la Rega peut en exonérer ses donatrices et donateurs en guise de remerciement pour leur soutien. Et elle le fait.
L’affiliation à la Rega n’est pas une assurance, mais une contribution de solidarité susceptible de combler des lacunes de couverture en cas d’urgence.
Comment la Rega procède-t-elle en cas d’urgence à l’étranger ?
Nos médecins-conseils collaborent avec les médecins traitants hors de Suisse. En cas de maladie grave ou d’accident à l’étranger, ils font le point sur les options médicales et, souvent, aident déjà par téléphone, par exemple en traduisant les diagnostics et en procédant à une première évaluation. Nous organisons le rapatriement de la victime lorsqu’il est indiqué.
Nous prenons part aux échanges avec les compagnies d’assurances et tirons au clair la question de la prise en charge des coûts. Enfin, nous accompagnons les personnes touchées en leur offrant nos conseils.
Récemment, dans le sud de la France, une Suissesse a contracté une grave inflammation intestinale. Une fois son état stabilisé sur place, notre centrale d’intervention avions a organisé son rapatriement sur un vol de ligne, et la patiente a pu subir des examens complémentaires en Suisse.
Le retour des donatrices et donateurs n’est-il pas toujours organisé par avion-ambulance de la Rega ?
Non. Rien qu’en 2025, nous avons organisé le retour de 310 personnes à bord d’un avion de ligne, souvent accompagnées d’une infirmière ou d’un infirmier en soins intensifs ou d’une ou un médecin de vol de la Rega. Nous recourons à cette option économique et écologique uniquement si l’état de la patiente ou du patient est suffisamment stable et que le nombre de sièges disponibles est suffisant. Les avions-ambulance servent principalement au retour de patientes et patients en soins intensifs. Nous intervenons lorsque notre aide est justifiée d’un point de vue médical, mais il n’existe aucun droit au rapatriement.
Ce système de solidarité peut-il également bénéficier aux personnes expatriées, qui ne résident en Suisse que temporairement ?
Absolument. Toutes celles et tous ceux qui vivent, voyagent et travaillent en Suisse sont invités à y participer. La Rega est une fondation d’utilité publique. Elle n’est pas financée par l’État. Si nous sommes prêts à décoller de l’une de nos 14 bases d’intervention à chaque instant, que nos trois avions-ambulance sont toujours opérationnels et que nous portons secours à 35 personnes par jour en moyenne, c’est uniquement grâce aux contributions de nos donatrices et donateurs.